L’arsenal du Juste 1° L’arme des assiégeants.

arsenal des justesSe faire entendre,  se faire comprendre, voir son opinion prise en compte sans jamais user de violence ou de mensonge ni opérer de repli sectaire, stérile et méprisant n’est pas chose aisée face à un gouvernement  au mieux sourd et indifférent, au pire franchement hostile, n’ayant pas hésité au cours des derniers mois  à utiliser à notre encontre précisément ces moyens que nous nous refusons de mettre en œuvre .

Non, à première vue, cela n’est pas facile.

A vrai dire, après un peu de réflexion, cela n’est pas beaucoup plus simple…  Bien vite, nous sommes tentés de nous laisser envahir par l’énervement, la frustration voire la colère. Car, n’en déplaise à la préfecture de police, nous sommes nombreux ! Nous sommes si nombreux, nous étions si nombreux le 24 mars, le 26 mai que nous aurions pu, en masse, « prendre » l’Assemblée Nationale! Imaginez un instant… Une foule bleu, blanc, rouge-rose qui remonte la rue de l’université, s’engouffre dans le Palais Bourbon en chantant la Marseillaise, s’invite dans l’hémicycle et en arrache tous les fauteuils… Que c’est beau ! Pas de fauteuils, pas de députés siégeant… Pas de députés siégeant, pas de séance parlementaire…Pas de séance parlementaire, pas de loi Taubira…. C’est beau !

Nous aurions pu.

Était-ce  la solution ? Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Est-ce le meilleur moyen d’assurer à la France la droiture et la sérénité auxquelles elle devrait aspirer? Je ne le crois pas. Non, pour ma part, je n’ai pas de regrets.

Ce qu’il faut, me semble-t-il, c’est prendre le temps d’identifier avec minutie les armes qui sont en notre possession, prendre conscience de leur immense efficacité, les aiguiser, les entretenir, en prendre grand soin comme il faut prendre soin des petits fauteuils de velours rouge  de l’Assemblée car, bientôt, ce sont les porteurs de nos idées et valeurs qui s’y assiéront.

La première de ces armes, première non pas tant par son importance que par le fait qu’elle se doit de préexister aux autres est le temps. En vérité, le temps est tout à la fois une arme et un fourreau, un solide fourreau dans lequel tout le reste de l’armement devra trouver sa place et s’ordonner. Mais restons-en au temps en lui-même pour le moment.

Il est important que nous prenions conscience du fait que nous sommes des assiégeants.

Le temps est l’arme des assiégeants, leur meilleure arme à la condition qu’ils sachent en faire usage avec  rigueur et discipline. Les assiégeants attendent, patiemment. Ils communiquent avec les assiégés, puis attendent à nouveau, attendent que les assiégés cèdent ou s’épuisent, qu’ils franchissent les remparts en petits escadrons d’abord puis de plus en plus nombreux, avant qu’enfin, en masse, ils viennent les rejoindre à l’extérieur de la place forte devenue indéfendable.

Inutile de se plonger dans la lecture d’épais et poussiéreux manuels de poliorcétique pour voir qu’il est possible de mettre au point des techniques permettant de jouer avec le temps, d’accélérer le siège et de faire advenir plus tôt la victoire. C’est là en effet, que peut intervenir  la ruse, la ruse d’Ulysse. Elle est aujourd’hui mise en œuvre par des jeunes – et des moins jeunes – qui « infiltrent » les partis politiques traditionnels pour pouvoir y faire résonner, plus tard, quand viendra l’heure, les idées de cette France souvent silencieuse  que l’on a entendu crier dans les rues tout au long de cette année.  Cette pratique que l’on désigne sous un terme à la consonance quelque peu barbare – mais qui sied très bien à la politique –  l’ « entrisme » ne trouvait pas, de prime abord, entièrement grâce dans mon esprit emprunt d’idéalisme, et sans doute aussi d’une certaine naïveté, qui aurait voulu voir le gouvernement et, plus largement l’ensemble de la classe politique devenir attentifs à nos revendications du seul fait de la présence obstinée, face à eux, de personnes  qui ne « lâcheront jamais » sans que ces dernières aient besoin de se dissimuler dans leur sein.  Mon aversion pour les chevaux de Troie ne datait pas d’hier…    Enfant, je ne sais quelle bizarrerie du sort fit que je ne découvris l’Iliade d’Homère qu’après m’être délectée de la lecture des aventures du valeureux roi d’Ithaque contée dans l’Odyssée.  Et, je ne pus jamais tout à fait me défaire du sentiment de déception qui m’assaillit lorsque j’appris qu’avant  d’entreprendre son extraordinaire voyage de retour, le « fils de Laërte, dont les ruses sont fameuses partout, et dont la gloire touche au ciel » avait été l’artisan de la chute de Troie grâce à une vaste entreprise de dissimulation. Là où Homère vantait son ingéniosité, je déplorais sa fourberie.  Mais peut être est-il bon de grandir un peu et, sinon y souscrire tout à fait de manière personnelle, au moins reconnaître les vertus de cette méthode somme toute assez efficace et les mérites de ceux qui la mettent en œuvre, car il est bien possible qu’avancer « masqué » soit en réalité plus courageux que camper aux pieds des remparts pendant des années. Les Grecs dissimulés dans le cheval de bois ne manquèrent-ils pas de périr dans les flammes devant Troie ?

Enfin, il convient de garder toujours à l’esprit que le temps est une arme à double tranchant qui peut très bien se retourner contre les assiégeants lorsque ceux-ci se laissent aller à l’ennui et à l’engourdissement. Il faut apprendre à se défendre contre ces deux poisons sur lesquels compte tant le gouvernement, et pas seulement lui …

Ecrire « ONLR » partout et tout le temps (« On ne lâche rien » pour les non initiés) est me semble-t-il bien plus qu’une manie de « vieux » scouts révoltés et nostalgiques des codes secrets de l’enfance pourvu que l’on se souvienne du sens attaché à ces mots, que l’on y voie une promesse faite à soi-même, aux autres et à son pays. De la même façon, il n’est pas bon de condamner sans appel les désormais habituels « accueils de ministres » ou « cache-cache pour tous », car derrière l’agitation festive, quelque peu puérile et provocatrice de ces rassemblements, il y a un extraordinaire outil de fédération. Nous sommes nous-mêmes les véritables destinataires de ces actions sans visibilité aucune dans les médias et ce n’est pas un mal. Sans faire l’éloge de ces petits jeux parfois dangereux,  je voudrais simplement signaler qu’il n’est pas juste de les taxer trop vite d’inutilité car ils rendent possible l’émergence d’un sentiment de cohésion et sont un terreau fertile pour une mobilisation plus réfléchie, un souffle de liberté joyeuse qui permet de vaincre l’essoufflement et la léthargie qui nous guettent, pour « tenir dans la durée ».

S’assoir dans l’herbe pour faire résonner le silence, crier dans les rues ou s’immiscer dans un parti sont autant de moyens complémentaires qui feront du temps notre allié. Il s’agit pour chacun de trouver selon sa conscience propre, selon son caractère et ses aptitudes sa place dans la mobilisation des consciences et, pour le mouvement dans son ensemble de parvenir à un juste équilibre entre ces différents types de comportement.

Dans tous les cas, soyons des assiégeants joyeux, patients et déterminés.

Joyeux, patients et déterminés.

ONLR JJJ

Anne S.

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2 réflexions sur “L’arsenal du Juste 1° L’arme des assiégeants.

  1.  » Nous sommes nous-mêmes les véritables destinataires de ces actions sans visibilité aucune dans les médias et ce n’est pas un mal. Sans faire l’éloge de ces petits jeux parfois dangereux, je voudrais simplement signaler qu’il n’est pas juste de les taxer trop vite d’inutilité car ils rendent possible l’émergence d’un sentiment de cohésion et sont un terreau fertile pour une mobilisation plus réfléchie, un souffle de liberté joyeuse qui permet de vaincre l’essoufflement et la léthargie qui nous guettent, pour « tenir dans la durée ». »
    Exactement!
    Une fine analyse que voilà.

  2. Quelle belle analyse de la situation!
    Quel encouragement à ne rien lâcher!
    Résistons,oui Mr Hollande nous RESISTONS.

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