Education affective et théories du genre: le choix de l’enfant en question. (par C.R.)

ecole-de-la-republique-copie-3L’introduction du gender à l’école a fait déjà couler beaucoup d’encre, mais permettez-moi de livrer ici une réflexion très personnelle sur ce sujet. J’aimerais ici aborder plus particulièrement la place de ces idéologies dans l’éducation affective des plus jeunes.

Il faut le rappeler d’abord, on ne peut pas à proprement parler d’une théorie du genre, mais plutôt d’idéologies du genre. A l’origine de ces idéologies, de nombreuses études ont été menées pour examiner la répartition des rôles entre les sexes dans la société. Mais il faut souligner que la question s’est d’abord posée en des termes médicaux, autour de cas minoritaires d’enfants dont on ne parvenait pas à distinguer le sexe à la naissance. Robert Stoller, psychiatre américain du XXe siècle, avait par ailleurs distingué le sexe biologique du «gender», en s’intéressant à la manière dont les personnes vivent les rôles de genre, c’est-à-dire les rôles attribués selon le sexe biologique. Cette démarche s’inscrivait là encore dans une optique thérapeutique, pour comprendre des cas comportementaux concrets.

A partir de ce constat posé entre autre par Robert Stoller, d’autres études américaines ont repris cette distinction entre la question du genre et celle de l’identité sexuelle, parfois en les séparant radicalement. On peut citer ici Judith Butler, dont les travaux ont largement oeuvré en ce sens[1]. On est ainsi parvenu à une sorte de dérive, jusqu’à considérer que l’identité de genre, c’est-à-dire les rôles sociaux, n’est plus liée à l’identité sexuelle. Au contraire, ce serait justement la société qui vient formater cette identité sexuelle. Cette dérive des études communautaristes américaines finit donc bien par écarter la différenciation sexuelle. Il faut pourtant noter que le gender, tel qu’il est analysé par ces courants, ne nie pas la différence biologique, mais finalement, la différenciation des sexes féminins et masculins importe peu: il faut pouvoir se détacher du déterminisme social qui a assigné leurs rôles à l’homme et à la femme. A cela s’ajoute un courant féministe radical qui analyse les rapports hommes/femmes sous l’angle d’un combat pour le pouvoir, avec une approche conflictuelle. C’est la vision que défendent de manière extrême les Femen, mais plus généralement toute une branche féministe radicale, et dont l’analyse mériterait une étude plus poussée, mais que je ne développerai pas ici.

Finalement, les formes militantes des théories du genre proposent une société sans déterminisme. On ne peut et on ne doit enfermer personne dans des cases quelconques, et cela concerne en premier lieu l’identité sexuelle. Ce qui caractérise alors cette vision est un rejet de la norme en tant que telle, et la primauté de l’individu sur sa personne. On peut tout choisir, même son orientation sexuelle, qui n’est pas déterminée par son sexe biologique. Chacun est libre d’orienter sa vie telle qu’il l’entend, même au mépris de données naturelles.

Mais que veut dire alors l’identité sexuelle? On peut penser que l’identité sexuelle est fondamentalement liée à la maternité et à la paternité, et c’est justement ce qui est refusé par les études du genre, qui font de cette identité une simple construction sociale. C’est pourtant ce qui oriente l’enfant dans sa construction personnelle et affective. Bien sûr, toutes les femmes n’ont pas la même fibre maternelle, et toutes ne deviendront par mère, de même que tous les hommes n’ont pas les mêmes rapports à la paternité, mais il reste que ces données sont fondamentales pour la construction de la personne. Ce sont pourtant ces mêmes données qui sont refusées par les tenants du gender, car elles sont perçues comme des normes, stéréotypées, et liberticides.

L’ABC de l’égalité: de quoi s’agit-il?

L’ABC de l’égalité, c’est un ensemble de modules pédagogiques mis en place par Najat Vallaud Belkacem et Vincent Peillon. Il est indiqué sur le site Internet du Ministère du droit des femmes qu’il s’agit d’«amener dès le plus jeune âge les élèves à s’interroger sur leurs représentations du monde, les freins qu’ils s’imposent à eux-mêmes parce que filles, parce que garçons, le respect qu’ils se portent, etc. Prévenir très tôt les phénomènes d’auto-censure comme ceux de violence, donner confiance en eux, aux filles comme aux garçons, pour simplement être soi en ne se laissant pas enfermer dans des carcans et des rôles prédéterminés et inégalitaires, tel est l’objectif d’un tel apprentissage».

Promouvoir en soi le respect de l’autre, l’égalité, la liberté, n’est pas en soi une mauvaise chose, mais on comprend bien que le projet du gouvernement va bien au-delà. Même si les idéologies du genre ne sont pas officiellement énoncées, on est bien dans la droite ligne de ces idées radicales. On veut faire de l’école le lieu d’une éducation, non seulement à la vie sociale, mais surtout à la vie affective. Il faut permettre à l’enfant de se libérer des déterminismes forcément inégalitaire, et de s’affranchir de toutes normes, considérées comme des «carcans». L’enfant devra finalement tout choisir, en premier lieu sa sexualité, sans influence, car, par définition, toute influence est mauvaise. Paradoxalement, on voit bien que c’est une autre forme d’influence qui apparaît ici, puisque l’école agira pour changer la mentalité des enfants.

A partir de là, se posent deux questions concrètes, dont chacun doit répondre de la manière qui lui semble en conscience être la meilleure:

– Quelle éducation voulons-nous pour nos enfants?

L’éducation à la liberté proposée par les tenants du «gender» impliquerait de laisser l’enfant entièrement libre de choisir son orientation sexuelle. Mais ne peut-on pas considérer au contraire qu’il s’agit d’apprendre à l’enfant à devenir homme dans son corps de garçon ou femme dans son corps de fille? Ainsi, une éducation affective ne devrait pas être axée sur un choix de sa sexualité, mais devrait tendre à ce que l’enfant se développe bien dans son propre corps. Cela ne revient pas à nier la réalité de l’homosexualité par exemple, ou même la réalité de la part de féminité et de masculinité que chacun porte certainement en soi, cela revient simplement à refuser de gommer toute la richesse de la complémentarité, car différence n’est pas systématiquement synonyme d’inégalité, bien au contraire. La philosophe Edith Stein, dès 1920, écrivait que « la particularité féminine et la particularité masculine sont ce qui doit se déployer et être actualisé au cours de la vie». Voilà un beau programme: apprendre à son enfant à grandir dans sa sexualité, en soulignant toute la richesse de sa singularité et de sa différence par rapport à l’autre sexe.

En outre, accompagner le développement affectif de l’enfant en le laissant seul face à un choix d’orientation sexuelle est dangereux car justement, le rôle des parents est de le guider dans l’apprentissage de sa propre sexualité. Le petit garçon a besoin d’un référent masculin auprès de qui il pourra apprendre la masculinité, liée à la paternité, de même que la petite fille doit pouvoir se référer à une femme qui lui renvoie l’image de la maternité. On ne peut pas faire de l’affranchissement des normes un projet éducatif, l’éducation supposant un cadre apporté à l’enfant. Il y a certainement une condition historique de la personne humaine, dont la personnalité évolue au cours de sa vie, et qui s’inspire ou se détache des exemples qu’elle rencontre sur sa route. Pour pouvoir progressivement forger son propre sens critique, être capable de poser lui-même des choix et donc d’exprimer sa liberté, l’enfant doit dans un premier temps être guidé, encadré. C’est justement ce cadre qui lui servira de repère dans ses choix futurs. On touche donc ici à la question fondamentale du choix, de la liberté de l’enfant.

D’ailleurs, pourquoi toute influence extérieure serait-elle forcément négative? Ne grandit-on pas grâce à des personnes qui, à un moment ou un autre de notre vie, nous ont guidés, conseillés, orientés, ou même servi de modèle? L’exemplarité est bien une façon de transmettre, et transmettre, n’est-ce pas la définition même de l’éducation?

 – Par qui cette éducation doit-elle être dispensée?

Il semble que cette question soit résolue par le projet gouvernemental en faveur de l’Etat. Si cela apparaît comme une évidence pour certains, elle ne doit pas l’être pour les parents, premiers concernés par la question. Rien n’assure en effet que l’Etat n’est pas au service d’une idéologie irrespectueuse de la personne humaine: après tout, ces idéologies du genre ne sont que des théories, et sans entrer dans le débat de leur valeur scientifique, on est en droit de questionner leur légitimité. Pourtant, cela pose problème, puisque c’est bien à l’école de la République que l’enfant apprendra à choisir son orientation sexuelle, de même que c’est par le planning familial, une structure de l’Etat, qu’il est déjà guidé dans sa vie sexuelle à l’âge de l’adolescence.

Mais l’éducation affective et sexuelle n’est-elle pas avant tout la tâche des parents? Qui mieux qu’un père et une mère peut guider l’enfant dans ce domaine? Surtout, quelle est la légitimité de l’Etat pour s’introduire dans un des domaines centraux de l’éducation d’un enfant? Le rôle de l’école n’est certainement pas d’éduquer, mais de transmettre un savoir. On peut évoquer ici la philosophe Hannah Arendt, qui écrivait, dans la Crise de la culture, que «le rôle de l’école est d’apprendre aux enfants ce qu’est le monde, et non pas leur inculquer l’art de vivre».

Les changements qui s’opèrent actuellement dans la manière dont est envisagé le rôle de l’école dans l’éducation affective sont énormes. Mieux qu’une dramatisation stérile, ils appellent à une réelle prise de conscience, et à un choix que chacun doit effectuer. Par ailleurs, il est important de rester vigilant, ce qui signifie notamment pour les parents de se tenir au courant de ce que l’on enseigne à leurs enfants, et d’en parler avec les autres parents d’élèves, ainsi qu’avec les professeurs. Il en va de l’avenir de toute une génération d’enfants dont la construction affective risque d’être entièrement guidée par l’Etat. Ces quelques lignes ne peuvent qu’envisager certains aspects de ce sujet si vaste. Engageons donc une réflexion de fond: comment éduquer l’enfant dans le respect de la singularité et de la richesse de sa personne? Les idéologies du genre sont-elle réellement à cette égard respectueuses de la personne humaine?

C.R.


[1] Pour plus de précision sur les théories mises en avant par Judith Butler, on trouvera ici un article intéressant: http://lhomme.revues.org/20562

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6 réflexions sur “Education affective et théories du genre: le choix de l’enfant en question. (par C.R.)

  1. Excellente approche et début d’analyse d’une théorie qui va encore faire couler beaucoup d’encre, et qui je l’espère n’entrera pas dans nos écoles laïques, au risque de voir une grande partie de la société se communautariser davantage! J’ignore qui est ce C.R., mais je le félicite pour cette objectivité et cette lucidité d’esprit! Calogéro F. (pasteur protestant préoccupé..)

  2. Merci pour cette analyse claire, bien structurée et qui porte un regard sans complaisance mais sans haine sur ces normes insidieuses que la société nouvelle prétend imposer aux familles sous le paradoxal prétexte de libérer (supprimer ?) les normes.

  3. Info: le planning familial n’est pas « une structure de l’Etat » comme vous le mentionnez, mais… une association militante ! C’est donc encore plus grave que ce que vous dénoncez fort justement..

  4. Oui mais ils se font passer pour telles, et les gens sont persuadés qu’il s’agit de structures de l’Etat.. Je pense personnellement que l’Etat est aussi d’une certaine manière et à certains égards complice. Il sait, il voit tout et laisse faire. Et implicitement il approuve puisque les nouvelles lois vont dans ce sens. Par contre, quand les choses ne vont pas dans son sens, ou dans le sens idéologique de certains hauts responsables, ils réagissent, s’opposent et comme en France s’imposent. Le cas du mariage homosexual est un exemple flagrant. Pas de referendum, une précipitation flagrante et hop, la loi est votée, sans considérer sérieusement ce que cela implique… et ce seront nos enfants qui paieront les consequences.. comme toujours.

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